La fin de la sécurité sociale?

Un article du Dr Philippe DE AZEVEDO, médecin addictologue, extrait de Linkedin

"On parle souvent de « réformes », de « modernisation », de « responsabilisation ». Mais derrière ces mots technocratiques se cache une réalité bien plus brutale : la Sécurité sociale telle qu’elle a été pensée à sa création est en train de mourir. Lentement, méthodiquement, presque en silence. Et ce silence n’est pas un hasard.
Les responsables politiques savent que dire la vérité serait explosif. Reconnaître que le système est asphyxié par des décennies de sous-financement, de choix budgétaires contraints et de renoncements idéologiques, ce serait admettre un échec collectif. Ce serait dire aux Français que le modèle de solidarité auquel ils tiennent n’est plus une priorité réelle. Alors on évite le sujet. On contourne. On détourne l’attention.
Dans cette stratégie, les médecins deviennent des cibles idéales. On les accuse de coûter trop cher, de ne pas assez travailler, d’être responsables des déficits. On les oppose aux patients, on les présente comme des privilégiés déconnectés de la réalité. C’est plus simple que d’expliquer pourquoi l’hôpital public s’effondre, pourquoi les déserts médicaux s’étendent, pourquoi les soins deviennent de plus en plus difficiles d’accès malgré des cotisations toujours plus lourdes.
Attaquer les médecins permet de masquer le vrai problème : un système qu’on a laissé se dégrader tout en refusant d’en assumer les conséquences politiques.
Plutôt que de repenser en profondeur le financement et l’organisation de la Sécurité sociale, on impose des contraintes, des contrôles, des sanctions. On transforme une vocation en parcours d’obstacles, et on s’étonne ensuite que la crise des vocations s’aggrave.
La mort de la Sécurité sociale ne se fera pas dans un grand discours officiel. Elle se fera par petites touches : un remboursement en moins, un délai en plus, une charge administrative supplémentaire.
Et pendant ce temps, le débat public restera focalisé sur de faux coupables, pendant que l’essentiel continue de se déliter.
Dire la vérité aux Français demanderait du courage politique. Assumer que la solidarité a un coût, et que ce coût est un choix de société. Tant que ce courage fera défaut, la Sécurité sociale continuera de s’éteindre, et ceux qui soignent en première ligne continueront de payer le prix du silence.
Grève jusqu'au 15 janvier et manifestation du 10 janvier 2026 pour les patients et la qualité du soin."

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